Samedi 13 janvier 2007
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Dans un premier temps, il y eut l’espritL'artiste et le journaliste sont deux saltimbanques de droit divin en quête de vérité. Une des qualités primordiales à développer afin d'atteindre ce Graal des temps modernes est le désir de transmettre. Un altruisme qui toutefois ne serait rien s'il n'était paré d'honnêteté et de bon sens. Fais honnêtement à l’autre ce que tu voudrais qu’il te fasse dans le bon sens.
Qu'est ce que la transmission pour un journaliste ?
C'est d'informer avec pour seul intérêt de donner à autrui les moyens d'être libre de ses opinions et de ses choix. Une sorte de transmission de pensée d’où toute forme de télékinésie est strictement exclue.
Qu'est ce que la transmission pour un artiste ?
C'est livrer au public des bouts de lui tel qu'il est au plus profond de lui même, non pour en faire commerce mais afin d'enrichir l'univers d'autrui. Faire des commerces de bout de soi est non seulement répréhensible en devers de la morale, mais également déconseillé par les diététiciens.
La clef de tout, pour le journaliste comme pour l'artiste est donc la connaissance, la connaissance du monde, la connaissance des autres. Ce sont des combattants de la vérité, des pourfendeurs de la chose avérée. Ils nous rendent plus libres et sont donc indispensables.
Le second jour, la mondialisation créa le contexteMalheureusement, le savoir est malmené par l'intérêt privé. Il n’y a qu’un pas à imaginer un complot mondialiste qui entendrait éradiquer tout altruisme au bénéfice d'égoïsmes.
Il est désormais facile de succomber aux tentations car rien ne nous a préparé à résister à toutes ces nouvelles frustrations engendrées par l'impossibilité d'accéder à toute la diversité des besoins créés de toutes pièce par notre société.
Toute résistance peut sembler vaine. D’un côté, les messages publicitaires suscitent l'envie, et de l'autre, les offres de prêt "avantageuses" de maints établissements spécialisés nous "offrent" les moyens d’assouvir nos besoins.
Les priorités se sont alors déplacées. Il ne s'agit plus d'une lutte permettant d'accéder à un besoin vital mais à un "toujours plus", face à des sollicitations de plus en plus fortes engendrées par la société de surconsommation qui nous entraîne dans sa spirale vers cette ascension fatale qui conduit à une ruine morale.
Dans ce contexte d’appauvrissement des valeurs, de celles qui ne sont pas cotées en bourse, l'artiste montre la voie. Sa créativité lui permet d’en apprendre plus sur lui-même et le monde qui l’entoure. Il se protège ainsi des tentations proposées par notre société. Il n'a besoin de rien car tout est en lui. De ses mains, de son esprit naît un monde et, en ce sens, créer c'est résister. Résister c'est donc créer.
Le journaliste, lui, doit ouvrir les yeux. Les siens et ceux de ses lecteurs. Il n’a besoin de rien car tout est autour de lui. De sa vision du monde, de son analyse des faits doit résulter une alchimie fragile où rien ne se perd, rien ne se crée et rien ne se transforme. Libre ensuite au lecteur de forger sa propre opinion ou de changer de lecture.
Ici naît la pierre fondatrice de notre mouvement de pourrisseurs et notre manifeste.Oui, nous pourrirons tout ce qui est cher à la société car tout ce à quoi elle tient n'est qu'un leurre. Votre maison, fruit du travail d’ouvriers contraints d’émigrer de leur pays en guerre ; votre carrière vers les plus hautes stratosphères de la classe moyenne, bâtie à la force de vos poignets dans la tronche de vos subordonnés ; vos vacances dans des hôtels quatre étoiles construits sur des raz-de-marée de misère. Nous nous pourrirons nous-mêmes pour vous avoir transmis ce manifeste avec du matériel électronique d’où suintent les lambeaux sanglants des enfants des pays émergeants.
Oui, nous vous pourrirons la vie jusqu'à ce que vous compreniez. Mais d'abord, informer avec honnêteté et altruisme et puis créer en vous livrant d'authentiques bouts de nous, puis pourrir. Nous sommes la Ligue des Pourrisseurs Anonymes, après tout. Pourrir, parait-il, c'est nourrir un peu et il y a bien longtemps que nous n'avons pas mangé à notre faim, ce fruit de liberté.
A l'issue de cette lutte, il ne nous restera plus que l'amour comme seule possession, nous serons libres alors.
Resist, Fight'n Glory
La Ligue des Pourrisseurs Anonymes